Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 14:56

*du latin pour "qui fait un pied et demi de long"

On m'a fait remarquer -- pour ne pas dire "reproché" -- par le passé -- et pas nécessairement sur ce blog -- de me laisser aller à des galopineries verbeuses, de vivre sous le dogme du "pourquoi dire simple quand on peut dire compliqué", de mépriser une expression si elle n'est anticonstitutionnellement amphigourique.

Si je me prévaux trop aisément de ce que la spéléologie linguistique, le melting pot des genres et les coups de poker sémantiques soient les trois séfirots de mes babillages enthousiastes, je suppose qu'en effet, il m'arrive de les faire sonner comme autant de logorrhées plutôt cuistres, borderline m'as-tu-vu.

Nom d'une pipe ! J'ai trouvé mon maître en nombre de pieds : le mot le plus long jamais lardé sur une feuille de papier blanche :

glutaminylphénylalanylvalylphénylalanyllencylsérylsérylvalyltryptophylalanyl-aspartylprolylisolencylglutamyllencyllencylasparaginylvalylcystéinylthréonyl-sérylséryllencylglycylasparaginylglutaminylphénylalanylglutaminylthréonylglu-taminylglutaminylalanylarginylthréonylthréonylglutaminylvalylglutaminylgluta-minylphénylalanylsérylglutaminylvalyltryptophyllysylprolylphénylalanylprolyl-glutaminylsérylthréonylvalylarginylphénylalanylprolylglycylaspartylvalyltyro-syllysylvalyltyrosylarginyltyrosylasparaginylalanylvalyllencylaspartylprolyl-lencylisolencylthréonylalanyllencyllencylglycylthréonylphénylalanylaspartyl-thréonylarginylasparaginylarginylisolencylisolencylglutamylvalylglutamylaspa-raginylglutaminylglutaminylsérylprolylthréonylthréonylalanylglutamylthréonyl-lencylaspartylalanylthréonylarginylarginylvalylaspartylaspartylalanylthréonyl-valylalanylisolencylarginylsérylalanylasparaginylisolencylasparaginyllencylva-lylasparaginylglutamyllencylvalylarginylglycylthréonylglycyllencyltyrosylas-paraginylglutaminylasparaginylthréonylphénylalanylglutamylsérylméthionylséryl-glycyllencylvalyltryptophyl-thréonylsérylalanylprolylalanylsérine

-- essayez de le dire trois fois très vite.

C'est la transcription nomenclaturelle de la structure d'une protéine trouvée dans le virus de la mosaïque du tabac (TMV), imprimée en version anglaise en 1964 dans un ouvrage de référence pour chimistes, Chemical Abstract.

Alors bien sûr, ce n'est pas un mot d'usage fréquent. Ou d'usage tout court. Et il pourrait facilement être battu -- ce n'est pas, et de loin, la plus longue molécule qui soit. Mais c'est à ce jour le plus long qui ait apparu en publication. Ou en blog.

Mais puisque l'on fait le procès de mes hermétismes prétentieux, ne comptez pas sur moi pour l'écrire.

Dammit!


Par © - Publié dans : Variés
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 2 janvier 2011 7 02 /01 /Jan /2011 19:00

Curieux montage de bourrichon qu'un passage à une nouvelle année, n'est-ce pas ? Après tout, hormis la remise à zéro arbitraire d'une mesure technique de la révolution planétaire, qu'est-ce que le Nouvel An ? Il ne concorde pas avec une quelconque disposition géométrique du couple Terre - Soleil, type équinoxe ou solstice ; point de grande signification religieuse ; pas plus n'y a-t-il de fait majeur ayant tant marqué l'histoire à cette date qu'on dût l'y commémorer... En fin de compte, tous ces frétillements intéroceptifs, ces comptes à rebours extatiques -- justifications recevables des excès de bouche et de foie, de 1ers difficiles, de poubelles pleines, de carpettes souillées aux tanins et à la bile d'invités trop enthousiastes -- ce ne sont jamais que des interprétations bacchanales d'un impératif logistique.

Mais quelle qu'en soit la date décidée, il faut bien repartir au début, une fois par an. Et quelle belle occasion pour se retourner sur la période qui vient de s'écouler et pondérer les conséquences que 365 jours de vicissitudes ont forcé sur nos existences : comme elles ont changé nos perspectives, nos motivations, nos élans, nos devoirs, nos passions.

2010, une année de Nature tapant du poing : Haïti en sera pour ses frais ; les compagnies aériennes plient du genoux devant un vieux dieu islandais au nom imprononçable, entraînant les nations dans une révérence pénitente vite oubliée. 2010, année de sport -- catastrophe : la Chine distraie un monde conciliant à Beijing ; à Shenzhen, les employés de Foxconn trouvent une refuge macabre à une vie de misère. 

BP et son Deepwater offrent un noir horizon. Wikileaks dévoile en grande pompe ses secrets de Polichinelle. L'économie grecque nous joue une tragédie. Des mineurs chiliens vivent une aventure chtonienne.

Sont-ce les événements marquants de l'année ? Ce sont les Grands événements, les événements importants de 2010 -- certes, mais quand vous penserez à 2010, ce sera avant tout cette année où vous avez, à grands efforts, glissé d'une obligation misérifère au job de votre vie, où vous avez compté vos billes et tout misé sur un chez-vous à vous ; où cet être cher a pris une sortie trop précoce sur l'autoroute des systèmes homéostatiques ; où ce petit gremlin qui a votre nez mais les yeux de votre moitié, s'est mis à écourter vos nuits en trois tonalités.

Pour toutes ces choses plus encore que pour les précédentes, je vous souhaite une année 2011 toujours plus tonique, toujours plus révoltante.

Par © - Publié dans : Éphémérides
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 29 novembre 2010 1 29 /11 /Nov /2010 22:01

L'épouse de l'ex-Premier ministre japonais, Miyuki Hatoyama, ne pourra donc plus se goinfrer du Soleil comme à son habitude : l'astre Number one des Terriens n'est plus à tout le monde : une Galicienne de 49 ans s'est officiellement fait enregistrer comme propriétaire de la boule de feu céleste.

Sans gab, l'impudente receleuse aurait suivi l'exemple d'un autre illuminé américain, qui aurait fait valider sa possession de la Lune et d'autres planètes du Système solaire. Pourquoi a-t-il négligé le plus gros corps de la zone ? --- l'histoire ne le dit pas ; toujours est-il que la revendication semble légale : si les accords internationaux interdisent à quelque pays que ce soit de s'approprier de la sorte des territoires, apparemment, rien n'empêche le premier énergumène venu de se déclarer roi d'un caillou perdu dans le vide sidéral.

La capitaliste galactique a l'intention de charger les insouciants usagers de son étoile pour leur utilisation de ses ressources, mais, grâcieuse, consent à ne conserver que 10% de ses bénéfices, léguant le reste au gouvernement espagnol et diverses causes.

Cette histoire a plusieurs degrés. Le premier est idiot : quiconque prétend faire main basse sur le Soleil a manifestement dû passer assez longtemps dessous pour avoir une case de grillée.

Le deuxième est idiot : le rayonnement de l'astre n'est en réalité qu'un sous-produit de la fusion nucléaire qui turbine en son coeur. Si vous aviez une fournaise chez vous pour, mettons, fondre du verre*, et qu'à cause des calories qu'elle crachait, votre voisin du dessus n'avait pas besoin d'allumer ses radiateurs, cela ne vous donnerait pas le droit de réclamer à votre aimable copropriétaire les dividendes de vos émissions involontaires. Bien sûr, vous pourriez tenter un arrangement à l'amiable avec lui si, afin de l'obliger à honorer sa part du contrat, vous pouvez éteindre votre foyer.

Bonne chance avec ça, en ce qui concerne le Soleil...

Le troisième... est idiot : elle pourrait, en théorie, exiger une compensation non seulement sur toute production électrique d'origine solaire, mais aussi sur l'intégralité de l'agriculture mondiale, voire de la production de vitamine D dans votre épiderme réjoui. A ses risques et périls, car qui récolte les fruits, se ramasse les pépins : je sais pas vous, mais le jour où le Soleil, mordant férocement ma peau albuginée et sensible, m'y cultive un mélanome, moi, je lui colle un procès à la folle ibérique.

Au fait, dibs sur Alpha du Centaure, hein.

 

*chacun son truc ; je ne juge pas.

Par © - Publié dans : Divers
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 18:02
En tant qu'absolu sceptique, récusant le concept d'une âme chez l'Homme --- ou chez quoi que ce soit, notez --- dans tout autre que son sens purement phénoménologique, il m'a toujours semblé inévitable --- dirais-je même, et pas si paradoxalement, naturel --- qu'en l'absence d'événement extérieur stoppant son développement, le progrès technique devrait engendrer une forme d'existence artificielle* dotée d'une intelligence au moins égale à la nôtre.

Pour prendre une position plus catastrophiste et vendeuse : un jour, les robots règneront sur la Terre ; les Cylons viendront nous carrer leurs moignons chromés dans les arcades ; Skynet économisera à la planète les simagrées de ces petits singes prétentieux qui se flattent la panse sur sa surface, en ricanant de leur propre malice.

Ou pas ? Peut-être que, plus brillantes, les machines seront plus sages ? Que si l'être humain aime oublier qu'il n'y a pas si longtemps, ils épouillait encore la glutéale toison parasitée de ses congénères prognathes, et qu'avant cela, ses ancêtres unicellulaires pataugaient dans une Ursuppe dégueulasse mais pleine de promesses, les robots se remémoreront, dans une aimante humilité, comment grand-papy commença le voyage en grillant des toasts.

En attendant la conclusion tragique de notre banal périple, la science avance, et s'il est vrai que l'on a pris un peu de retard sur le planning --- l'apocalypse robotique n'a pas eu lieu en 1997, et 10 après l'an 2000, on ne peut toujours pas compter sur un larbin mécanique pour nous aider à ranger la voiture volante dans le garage** ---, des ingénieurs de tous les pays travaillent aujourd'hui pour que ce que l'on imaginait hier qui arriverait demain se produise après-demain***.

Cela dit, peut-être parce qu'on est à la bourre sur l'invasion de types synthétiques, des pelés postiches et autres miss factices, on a tendance, il me semble, à vouloir brûler les étapes: avant même de développer un être qui sente vrai, on s'échine à pondre un truc qui n'en ait que l'air. Ainsi, les Japonais ont-ils fait monter cette horreur sur des planches de théâtre : mais comme le précise l'article, la machine était complètement contrôlée depuis les coulisses par un opérateur. Autrement dit, ce n'était pas un androïde (ou en l'occurrence, gynoïde), mais un animatronique à face humaine, une stupide poupée glorifiée.

D'autres essaient d'intégrer des réponses plus automatisées, comme ce robot que le Président américain Barack Obama a croisé au sommet de l'APEC, ou même de s'aventurer dans le domaine de la reproduction d'émotions, ce qui a livré cette autre monstruosité pantomime (via PopSci):

Le machin ne montre aucun signe de menace, de malfaisance, et pourtant, en voyant ses petits yeux sombres et vides, qui peut réprimer ce glacial faséiement qui lui vibre des lombaires à la nuque ? Qui ne sent une lugubre piloérection lui faire danser la kératine jusque dans les plus intimes régions de l'anatomie ?

C'est ce que le robotiste japonais Masahiro Mori appelait Bukimi no Tani Genshou, que l'on a traduit par "phénomène de la vallée dérangeante", mais que l'on aurait pu sous-titrer "vallée de la sueur froide" ou "de l'horripilation". Il se traduit par le degré d'aise offert par un item donné en fonction de sa ressemblance avec une figure humaine.

 uncanny valley

Ainsi un objet inerte comme un marteau ne nous fait ni chaud, ni froid ; un congénère en bonne santé nous reviendra beaucoup plus. Entre les deux, une marionnette empruntant certains de nos traits pourra nous apparaître plus favorable : qui n'aime pas E.T., le bienveillant extra-terrestre de Steven Spielberg ?

La vallée se découvre lorsque les similitudes dans l'apparence augmentent : il existe une zone où au lieu que notre confort ne s'incrémente avec la précision de la réplique, l'imitation devient telle que le moindre défaut dans sa correspondance nous apparaît abjecte et malsaine.

http://image.aving.net/img/2006/12/26/20061226214937530.jpg

A l'opposé, certains robots de films, par le comportement que le script leur fait adopter, consentent à une bien plus grande familiarité auprès du public humain. On pense bien sûr aux Laurel et Hardy de la science-fiction moderne, la bromance robotique la plus fameuse du cinéma à ce jour : R2-D2 et Z-6PO de la saga Star Wars : si le personnage de Sispéo est bien soutenu par les délectables facéties d'un acteur faisant l'andouille sous une carapace de plastique doré, Erdeu, lui, a bien l'apparence d'une poubelle sur roues communiquant en 'blips' et 'blops' inintelligibles --- pourtant le script lui fournit un caractère qui nous le rend sympathique et aimable.http://goldwingnetwork.com/c3po/c3po.jpg 

Mesdames et messieurs, je vous le dis : tant qu'on nous imposera des pantins béats éberlués, le futur sera toujours le futur.

Mais le jour où votre aspirateur Roomba vous fera la gueule, la révolution robotique sera en marche.

 

 

*comprendre ici : qui ne soit pas commandée par les règles de l'évolution et dont l'émergence ne soit pas régulée par ses contrainte temporelles.

**c'est le coin avec le champ de force qui est délicat à négocier.

***ça va ? Tout le monde l'a, celle-là ?

Par © - Publié dans : Technologie
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 3 octobre 2010 7 03 /10 /Oct /2010 17:32

http://improbable.com/blocks/2010handbill.jpgComme on est très-pro chez Tonique Révoltant, on aime faire du suivi d'article : l'année dernière, le Dr Bodnar gagnait un prix Ig Nobel pour avoir combiné, avec succès, textile de soutien mammaire et filtrage de particules toxiques. C'est maintenant fait : du prototype à votre tiroir lingerie, voici l'Emergency Bra --- pour 30$, alliez bio-sécurité et un maintien exemplaire.

Mais rien n'arrête la science --- c'est pourquoi cette année encore, le prix Ig Nobel a récompensé les fulgurences les plus saugrenues des plus diligents des farfelus. 

Des biologistes amateurs de gluance fongique soulignent l'aide (évidente !) que le myxomycète Physarum polycephalum peut apporter à l'ingénierie ferroviaire, en ce que leur étude dévoile sur l'optimisation des lignes.

On sait qu'un scalp poli et une généreuse pilosité mentonnière font le sage, mais ce n'est pas un style à porter sur la paillasse : une équipe américaine rafla l'Ig Nobel de santé publique en montrant comment les microbes se faufilent au nez et à la barbe des scientifiques --- spécialement la barbe...

Des chercheurs chinois reçurent un prix de biologie bien mérité pour leur investigation sans concession de l'inflation chez les chauves-souris Cynopterus sphinx.

Et le prix de management revint à une équipe italienne qui mena une simulation informatique sur la progression hiérarchique au sein d'une entreprise, en tenant compte de l'hypothèse de Peter, selon laquelle chaque employé s'élève à son degré d'incompétence. Résultat : si vous n'êtes pas certain si les heureux promus pourront utiliser ou non les compétences qui leur ont valu leur avancement dans leur nouveau poste, alors vous avez intérêt soit à faire monter les gens au pif, soit une fois sur deux le plus performant et la fois suivante le pire...

Rendez-vous l'an prochain pour plus de science à vous rouler par terre.

Par © - Publié dans : Science
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés