Ca suffixe!

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L'autre jour, avec un ami, nous parlions viande. Oh, pas d'euphémisme spirituel là-dedans, pas de langage codé, pas de clin d'œil senti : nous dissertions vraiment de bidoches et de leurs propriétés : en particulier, j'évoquais la cuisson du kangourou et la gestion de sa tendreté. Mon pote de se gausser : "tendreté" avais-je dit ? Que fallait-il que je disse ? "Tendresse", me fit-il sans certitude... J'en ris alors ; j'en ris encore.

Quelle que soit l'émotion qu'une tranche de barbaque vous procure, elle vous viendra en général de sa tendreté, autrement dit de sa qualité d'être fondante sous la dent ; plus rarement de son affection et de sa sollicitude. C'est que les suffixes substantivants, en français, ont leur sens propres.

Quand notre chère nunuche de gauche gratifia la France de sa "bravitude", nul doute qu'elle nous adressait quelque plaisantage --- oh, mais n'en a-t-elle point ânonné, naguère, des ânismes ? Du coup, on y entendit une boulette vocabulairienne, un croc-en-langue perfidement lancé par une inculture crasse sur un muscle trop rarement au repos. C'est que la pauvre femme, manquant de crédit, s'enfonça encore en s'expliquant : elle n'aurait pas barbarisé son mot, elle l'aurait portemantelé : elle suggérait la "plénitude d'un sentiment de bravoure". Oui, oui.

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N'empêche, les suffixes en "-(er)ie" et en "-tude" ne véhiculent pas le même inclinement. Car "bravoure" n'est qu'une autre manière de dire "braverie", qui est soit une occurrence courageuse (de "braver" + "ie"), soit le fait d'un brave (de "brave" + "erie"). Le suffixe "-tude", lui, a trouvé sa place parmi les philosophes, les psychologues, et si dans la vastitude de sa complétude, le paradigme de notre langue offre une multitude de mots de toute amplitude, aucun n'exprime mieux la certitude de l'infinitude de l'attitude du brave que --- soit-elle louée --- la bravitude.

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martine 15/09/2010 19:59


Grande béatitude à vous lire. Aucune lassitude car chez vous pas de platitudes. Jamais prude pour dénoncer les turpitudes de la multitude en décrépitude.

Du fond de sa solitude, infinie gratitude de
Gertrude la cistude.


PS Mansuétude pour les kangourudes, SVP.
(sinon je vais tout rapporter à vot´papa :-) )


© 18/09/2010 20:13



Plein de remercieries, chère Martine, et pas d'effrayades pour ces marsupiaux !