Creepy, l'ami des grands et des petits

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En tant qu'absolu sceptique, récusant le concept d'une âme chez l'Homme --- ou chez quoi que ce soit, notez --- dans tout autre que son sens purement phénoménologique, il m'a toujours semblé inévitable --- dirais-je même, et pas si paradoxalement, naturel --- qu'en l'absence d'événement extérieur stoppant son développement, le progrès technique devrait engendrer une forme d'existence artificielle* dotée d'une intelligence au moins égale à la nôtre.

Pour prendre une position plus catastrophiste et vendeuse : un jour, les robots règneront sur la Terre ; les Cylons viendront nous carrer leurs moignons chromés dans les arcades ; Skynet économisera à la planète les simagrées de ces petits singes prétentieux qui se flattent la panse sur sa surface, en ricanant de leur propre malice.

Ou pas ? Peut-être que, plus brillantes, les machines seront plus sages ? Que si l'être humain aime oublier qu'il n'y a pas si longtemps, ils épouillait encore la glutéale toison parasitée de ses congénères prognathes, et qu'avant cela, ses ancêtres unicellulaires pataugaient dans une Ursuppe dégueulasse mais pleine de promesses, les robots se remémoreront, dans une aimante humilité, comment grand-papy commença le voyage en grillant des toasts.

En attendant la conclusion tragique de notre banal périple, la science avance, et s'il est vrai que l'on a pris un peu de retard sur le planning --- l'apocalypse robotique n'a pas eu lieu en 1997, et 10 après l'an 2000, on ne peut toujours pas compter sur un larbin mécanique pour nous aider à ranger la voiture volante dans le garage** ---, des ingénieurs de tous les pays travaillent aujourd'hui pour que ce que l'on imaginait hier qui arriverait demain se produise après-demain***.

Cela dit, peut-être parce qu'on est à la bourre sur l'invasion de types synthétiques, des pelés postiches et autres miss factices, on a tendance, il me semble, à vouloir brûler les étapes: avant même de développer un être qui sente vrai, on s'échine à pondre un truc qui n'en ait que l'air. Ainsi, les Japonais ont-ils fait monter cette horreur sur des planches de théâtre : mais comme le précise l'article, la machine était complètement contrôlée depuis les coulisses par un opérateur. Autrement dit, ce n'était pas un androïde (ou en l'occurrence, gynoïde), mais un animatronique à face humaine, une stupide poupée glorifiée.

D'autres essaient d'intégrer des réponses plus automatisées, comme ce robot que le Président américain Barack Obama a croisé au sommet de l'APEC, ou même de s'aventurer dans le domaine de la reproduction d'émotions, ce qui a livré cette autre monstruosité pantomime (via PopSci):

Le machin ne montre aucun signe de menace, de malfaisance, et pourtant, en voyant ses petits yeux sombres et vides, qui peut réprimer ce glacial faséiement qui lui vibre des lombaires à la nuque ? Qui ne sent une lugubre piloérection lui faire danser la kératine jusque dans les plus intimes régions de l'anatomie ?

C'est ce que le robotiste japonais Masahiro Mori appelait Bukimi no Tani Genshou, que l'on a traduit par "phénomène de la vallée dérangeante", mais que l'on aurait pu sous-titrer "vallée de la sueur froide" ou "de l'horripilation". Il se traduit par le degré d'aise offert par un item donné en fonction de sa ressemblance avec une figure humaine.

 uncanny valley

Ainsi un objet inerte comme un marteau ne nous fait ni chaud, ni froid ; un congénère en bonne santé nous reviendra beaucoup plus. Entre les deux, une marionnette empruntant certains de nos traits pourra nous apparaître plus favorable : qui n'aime pas E.T., le bienveillant extra-terrestre de Steven Spielberg ?

La vallée se découvre lorsque les similitudes dans l'apparence augmentent : il existe une zone où au lieu que notre confort ne s'incrémente avec la précision de la réplique, l'imitation devient telle que le moindre défaut dans sa correspondance nous apparaît abjecte et malsaine.

http://image.aving.net/img/2006/12/26/20061226214937530.jpg

A l'opposé, certains robots de films, par le comportement que le script leur fait adopter, consentent à une bien plus grande familiarité auprès du public humain. On pense bien sûr aux Laurel et Hardy de la science-fiction moderne, la bromance robotique la plus fameuse du cinéma à ce jour : R2-D2 et Z-6PO de la saga Star Wars : si le personnage de Sispéo est bien soutenu par les délectables facéties d'un acteur faisant l'andouille sous une carapace de plastique doré, Erdeu, lui, a bien l'apparence d'une poubelle sur roues communiquant en 'blips' et 'blops' inintelligibles --- pourtant le script lui fournit un caractère qui nous le rend sympathique et aimable.http://goldwingnetwork.com/c3po/c3po.jpg 

Mesdames et messieurs, je vous le dis : tant qu'on nous imposera des pantins béats éberlués, le futur sera toujours le futur.

Mais le jour où votre aspirateur Roomba vous fera la gueule, la révolution robotique sera en marche.

 

 

*comprendre ici : qui ne soit pas commandée par les règles de l'évolution et dont l'émergence ne soit pas régulée par ses contrainte temporelles.

**c'est le coin avec le champ de force qui est délicat à négocier.

***ça va ? Tout le monde l'a, celle-là ?

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maxime paccalet 21/11/2010 15:25


http://www.w9.fr/emission-a_la_recherche_du_nouveau_michael_jackson/candidat/alon-alon/


Le Ndix 20/11/2010 16:01


@maxime : Ne me dis pas que tu ne l'as pas reconnu ? C'est Michael Jackson !

@ngou : Enfin, tu es de retour T__T


maxime paccalet 16/11/2010 20:14


hm... si un robot à visage d'homme s'appelle un androïde, et à visage de femme, un gynoïde, comment qualifier l'abominable travelo artificiel qui baie d'un manière totalement grotesque au milieu de
l'article ?