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Aujourd'hui, un article qui n'a rien de drôle : l'info a été relayée ; vous l'avez probablement vue. Sinon, Tonique Révoltant vous tient au jus : Rom Houben, frappé par la déveine et la paralysie, aurait été pris pour comateux pendant 23 ans.

C'est le genre de suppositions que l'on espère toujours ne pas être prise à la légère par un vert carabin, qui se baptise la blouse sur votre pauvre sort, en vous prenant consciencieusement le pouls sur l'os du coude, un œil sur la couture de culotte d'une condisciple qui lui fait du plat.
A priori, on a mesuré la réaction du type sur l'échelle de Glasgow -- et il n'a pas scoré haut. Verdict : à stocker dans le bas du frigo. Branché, casé, oublié (sinon de ses parents) pendant plus de deux décennies.
Bien sûr, il est possible qu'il ait vraiment été dans le coma au départ et ne se soit réveillé qu'entre-temps ; soit, mais la relégation au rayon viande tiède a un vilain parfum de péremptoire qui laisse peu de chances aux revenants de faire leurs preuves.
Sans le concours de neurologues du CHU de Liège et de leurs techniques modernes d'imagerie médicale, qui ont découvert que, quoiqu'incapable de bouger, l'homme était parfaitement conscient, il serait encore sur son lit à compter les mouches.

En lisant cette histoire, on pense au roman le Scaphandre et le Papillon de Jean-Dominique Bauby, souffrant du locked-in syndrome -- sauf qu'Houben, lui, est en mesure de se servir d'un ordinateur spécial pour communiquer, ce qui lui offre (si limité soit-il) un ascendant relationnel sur le plongeur au lépidoptère.

Cela dit, c'est surtout ces 23 années de frustration incommensurable et de rêveries démissionnaires qui me frappent.
On imagine l'éternité passée par le pauvre gars, dans les limbes, dans un purgatoire aux odeurs de désinfectant, dans la solitude de sa chambre d'hôpital, à compter les heures au métronome de son électrocardiogramme.
Si je pense à une œuvre, c'est à cette nouvelle de Zola, la Mort d'Olivier Bécaille, où le narrateur tombe dans une syncope si profonde que sa très-jeune épouse le croit sur le carreau ; le médecin, moyen scrupuleux, déclare sa mort comme on annonce le prochain train en gare ; et pendant la veillée, il assiste, prisonnier de sa vieille carcasse, aux émois tragiques d'une veuve et de son cœur brisé, auxquels un voisin trop charitable offre en réconfort la chaleur de son propre organe.
Comme Houben, un fameux coup du sort lui offre une seconde naissance.

Je m'étais promis de ne pas faire de blagues sur l'homme en question, mais puisqu'on est entre nous et qu'on peut rire de tout, je vous avouerai que je m'attends à lire dans le récit que l'on fera sûrement de sa tragédie :

"Lorsque je rappelle à ma mémoire ces vingt-trois dernières années, une image, en particulier, me revient : le plafond."

Publié dans Faits divers

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Le Faiseur 28/11/2009 22:20


C'est déjà toi qui m'avait envoyé la photo de Stevie Wonder qui chantait avec le micro à l'envers. T'es juste un sale type, en fait. :P


© 03/12/2009 00:42


Pas du tout : je suis un type bien qui a juste un petit penchant répréhensible pour l'humour tournant autour des handicapés, des malades, des personnes âgées, des faibles et des débiles, des
dépressifs, des pauvres -- cet humour candide, léger, qui a pour seul, minuscule vice de rendre la vie un peu plus dure à ceux pour qui elle est déjà moins facile.
Ouais, un gars en or.


martine 26/11/2009 09:06


"Le bel au Bois-Dormant"!

(Hum, j´ai un peu honte mais je n´ai pas pu résister, mea culpa).


© 03/12/2009 00:34


Allons, allons : ne jamais avoir honte d'une blague est ma règle d'or.
Quelle qu'elle soit.
Sans exception.
Quelle que soit sa réception. Fût-elle glaciale.
Voire hostile.
Voire violente.
Voire périlleuse.