Vous voulez pas un whisky d'abord ?

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Cet article de Reuters relate la conclusion banale d'un fait divers tragique, qui rappelle à ceux dont la mémoire est trop courte combien les cours d'arts plastiques sont dangereux.

Qui n'a pas un proche qui a souffert d'une grave blessure -- ou pire, rencontré une fin dramatique -- lors d'une de ces séances funestes ? Combien d'ingénus enfants se sont aventurés, inconséquents, dans les pièges acryliques d'une salle de dessin ? Combien de pinceaux dans l'oeil ; combien de coups de massicot ; combien de mosaïques qui tournent mal ? Et ces neurones, noyés dans les vapeurs détersives, qui demandent grâce ?

La pauvre jeune fille de l'article, poussée par un professeur plus créatif que scrupuleux à laisser un moulage de ses mains dans du plâtre de Paris brûlant, laissa 8 doigts dans la manoeuvre : le gypse, vindicatif, décida de prendre autour des petits boudins de la demoiselle, et de les laisser mitonner en son sein. Ni l'enseignant, ni les secouristes ne parvinrent à libérer les malheureuses extrémités avant la fin de la cuisson.

Amputée de la majorité de ses doigts mais pas de sa détermination, la minette poursuivit l'école : le jugement est tombé lundi : elle mettra les mitaines sur un petit pactole de 16,500 livres (plus 2,500 de frais de justice) dont elle se serait probablement bien passée dans d'autres circonstances.

Vous me direz si quelque part je suis mal branlé dans ma tête, mais après m'être ému du triste sort de la gamine (à 16 ans, la mésaventure est un peu raide), je me suis immédiatement demandé : "ça fait combien par doigt ?"
Découvrez donc en toute exclusivité sur Tonique Révoltant le prix d'un doigt anglais -- ou d'une saucisse de rosbif, si la métaphore bouchère vous tente.

Sachant que l'accident s'est déroulé il y a environ deux ans, et que la soulte versée aujourd'hui doit être actualisée, la main et trois-cinquièmes perdue équivaut environ à 14,700 pounds hors intérêts. Cette somme vient en remboursement des 8 doigts sacrifiés, ce qui induit un montant moyen d'un peu moins de 1840 livres pièce.

Maintenant, on peut supposer que tous les doigts n'ont pas la même valeur : un auriculaire, quoiqu'extrêmement précieux dans le sensible domaine du grattage de fond d'oreille, n'est pas un favori de l'évolution -- faisant de cet appendice un piètre investissement à très-long terme ; quant au pouce, si son opposabilité chez l'homme le fait briller par son originalité, il ne s'étire que sur deux paresseuses phalanges.

Par ailleurs, l'article reste assez mystérieux sur la nature des deux rescapés : l'avocat de la fille précise, cite le journaliste, que "she is now only left with one forefinger and an index finger".
Le "forefinger" indiquant en anglais tout autant l'index que le terme "index finger", et on peut supposer qu'il se trompe, à moins que la nénette n'en ait eu deux à la main gauche depuis le départ.
Ce laxisme de sa part nous prive ici d'un degré de finesse supplémentaire dans notre analyse.

Tonique Révoltant souhaite néanmoins une bonne continuation à la jeune fille, et la félicite pour sa victoire.
Thumbs up !

Publié dans Économie

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martine 16/10/2009 20:31


Non merci, pas de whisky, plutôt un doigt de rhum.


Thom' 16/10/2009 03:17


Pas sûr que tout le monde saisisse la référence du titre, particulièrement vicieuse en l'occurrence. J'aime bien tes articles, qui mettent le doigt (hum) sur ce qui fait mal.