Le zoo du pauvre

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C'est dans l'adversité que la créativité s'épanouit. Ce constat d'une navrante trivialité -- et néanmoins d'une indéniable véracité--, je ne le tire pas aujourd'hui d'une vision forcenée des DVD de la série MacGyver -- quoique le spectacle d'un fringant héros, le mulet au vent, fabriquant un mortier à partir de produits ménagers et d'un tube de papier kraft pour contrecarrer les plans de trois énergumènes armés, soit loin d'être hors-sujet ici -- mais de la lecture du présent article publié jeudi dans Reuters.

Les gérants d'un zoo de Gaza ont en effet teint des rayures noires sur le pelage ras de deux ânesses dans l'espoir de les faire passer auprès des enfants du coin pour des zèbres. C'est que trafiquer en catimini de l'exotisme de contrebande de l'étranger, ça a un coût bien supérieur à ce que l'embargo ne permet d'assumer à cet établissement palestinien ; tandis que deux bourriques, trois bouteilles de teinture pour cheveux et quatre rouleaux de scotch, c'est tout de suite plus abordable.

Bien sûr, le procédé est sommaire -- on n'est pas loin de la chatte de Pépé le Putois, dans les cartoons de la Warner. Du coup, un examen un poil attentif suffit à percer la mystification : les rayures, torchées vite-aif, donnent plus aux baudets un côté Daltons en cabane qu'équidés sauvages de la savane.

Si d'autres se sont essayés au camouflage inter-espèce, à l'hybridation cosmétique, c'était en général plus par espièglerie sadique -- on jugera si ces chimères de foire trouvent la blague si désopilante -- que par une honnête volonté de truquer.
Je reconnais de bonne grâce la candeur des gérants dans l'intention qui alimente la supercherie : donner aux gamins un peu de fantaisie et de pittoresque ; cela dit, j'ai du mal à me réconcilier avec l'idée de promouvoir la diversité de la biosphère par une escroquerie, fût-elle rondement menée.

Ou bien, soit, mais dans ce cas, allons-y à fond : sanglons une vieille descente de lit à un molosse pour en faire un tigre ; plantons un éventail dans le cul d'une poule, nous avons un paon ; jetons des troncs dans une mare pour figurer des crocodiles ; badigeonnons un gros rat de colle et roulons-le dans un jeu de mikado : porc-épic express. L'enceinte des gorilles, elle, se tirera à la courte paille.

Le Zoo du Pauvre -- l'autre porte ouverte sur le monde.

Publié dans Nature

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marc 04/11/2009 10:45


à propos du zoo de Gaza, et puisque vous en parlez avec humour, il faut dire aussi ce qu'on subi les aniamux lors des derniers bombardements, ne rien dire que ce genre d'insignifiance revient à
faire de la désinformation. merci pour ces innocents qui ont ien morflé


© 04/11/2009 21:09


De la désinformation ? Mazette.
Quoi qu'il en soit, Marc, vous avez raison de mentionner les victimes muettes des conflits humains -- fût-ce sur ce ton où l'on discerne, mettons, une légitime révolte.
Sans m'imaginer que cela leur apporte tellement plus que mes insignifiances, je me permets une petite pensée pour eux.


martine 13/10/2009 13:36


Quelques parapluies noirs déglingués, pendus aux branches d´un arbre, par temps de brouillard, bof, on peut aussi les prendre pour des chauves-souris ou des vampires. D´accord, il y a toujours
escroquerie mais pas maltraitance!


© 15/10/2009 21:44


Exactement. Ou le zoo comme alternative à la brocante ou à la décharge.


Le Ndix 12/10/2009 19:48


P'tain c'est de la merde over-blog, on ne peut même pas éditer ses commentaires.
Maintenant l'internetz entier (au moins) va croire que j'épelle "innocence" avec un seul "n".


© 15/10/2009 21:35


Over-blog est sans pitié !


Prof de grammaire 12/10/2009 16:31


La chauve-souris, ce qu'il faut lui rajouter, c'est deux longues canines, le vampire, voilà qui fait vendre !


Le Ndix 12/10/2009 16:10


"j'ai du mal à me réconcilier avec l'idée de promouvoir la diversité de la biosphère par une escroquerie"
-> à l'inverse, je ne peux pas m'empêcher de repenser à cette autre escroquerie, encore plus minable puisqu'allant à l'encontre de l'unique vocation louable de ce genre d'établissements -- à
savoir éduquer la vaine populace.
Dans un aquarium quelconque du Japon, j'avais été stupéfait de découvrir un jour une magnifique pieuvre géante que les gérants des lieux s'évertuaient à éclairer... au moyen d'une puissante lumière
rouge. Sans doute craignaient-ils de choquer les gens en leur permettant de découvrir combien l'infortuné invertébré était en réalité habile pour se camoufler -- eh, c'est le caméléon, l'animal qui
change de couleur !
Remarque, c'était il y a déjà quelques années. Alors qui sait : peut-être que depuis, ils lui ont collé entre les deux yeux un vieux tuyau en caoutchouc teint à l'alizarine - histoire que la bête
colle à 100% à l'image qu'en donnent les mauvaises illustrations (et qui est hélas maintenant tellement ancrée dans l'imaginaire collectif qu'on la retrouve jusque dans les ouvrages à vocation
didactique que nous, pauvres parents, achetons inocemment à nos enfants).

"Allez, les gars, assez perdu de temps. On se fait la chauve-souris, maintenant. Vous me lui pétez les deux bras, là, vite fait, et vous les remplacez par du fil de fer courbé. Et tant que vous y
êtes, collez-lui un ou deux doigts en plus."