Climat de suspicion

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Le réchauffement climatique lié à l'activité humaine est une idée avec laquelle j'ai grandi ; d'abord cri d'alarme d'écolos en sourdine, elle se mit à tracer sa route dans les greniers aranéeux de nos congénères, surtout au cours de la décade passée. Les climatologues, qui vaticinaient à la cantonade, commencèrent enfin à imprimer leur sagesse sur les neurones quiescents du quidam. La masse s'appropria le terme, puis le concept, petit-à-petit : le vocable poignit dans la presse mainstream, s'immisça dans les bavettes, germa dans la pub et jaillit dans les harangues politiques, même à droite. L'enjeu écologique passait de hippie à hype.

Bien sûr, la thèse a ses détracteurs. Une pléthore, forcément : producteurs de pétrole et d'automobiles, professionnels d'industries qui pètent du gaz à effet de serre... C'est que lorsque votre gagne-croûte est accusé de goudronner la voie au humvee de l'Apocalypse, il est humain de le prendre pour vous.

Et puis, il y a les théoriciens du complot, les professeurs prosélytes de paranoïa, qui accusent la communauté scientifique de mystifier leur monde pour une raison floue et obscure (c'est dire!). Ils accusent les climatologues de falsification, de mensonge, de fomentation et d'invention, et d'allonger les échantillons de données sur des graphes de Procuste.

Et voilà qu'en hackant les comptes de pontes du CRU, ils dépouillent des e-mails de ce qui n'est que lorem ipsum à leurs esgourdes, et pointent du doigt ce qui sonne bien dans leurs tonalités. Le Climategate : vain brassage, me dis-je, ça ne remet rien en cause, et mes frères, sapiens, verront bien à travers ce pathétique écran de fumée. Mais après la bévue typographique de l'IPCC, le crédit des spécialistes en la matière en prend un coup -- et comme pour toute thèse qui remet en question le confort de nos semblables traîne-savates, si ses défenseurs ne sont pas à l'épreuve des balles, c'est qu'elle doit être fausse. C'est le tackle ad hominem par derrière ; normalement, c'est carton direct.

Résultat, d'après un sondage Ipsos Mori en Grande-Bretagne, le pourcentage de gens voyant dans le réchauffement climatique dû à l'homme une réalité indéniable est passé de 44% à 31% depuis l'année dernière. Le principe de précaution tant révéré se noie dans la commodité de notre mode de vie.

Peut-être qu'à se précipiter dans les chiffres et les prédictions pour souligner l'urgence du problème, on a parfois oublié de revenir un peu à la base pour en confirmer la véracité. Car à moins que le contestataire ne refute que la Terre soit chaude grâce à l'effet de serre produit par son atmosphère, ou que nos industries ne déversent dans cette-dernière des gaz qui amplifient celui-ci, il ne peut nier que la température ne peut que monter. Avoir conscience de la congruence logique d'un réchauffement de la planète avec l'activité humaine précède toute considération incidente sur les modalités de son occurence. Si vous voyez ce que je veux dire...

En gros, que logiquement, ce qu'on fait, ça doit faire chauffer, et c'est pas parce qu'il a fait frisquet cet hiver que c'est pas vrai.

Espérons juste que le message finisse par passer chez tout le monde avant que, dans un fatal outrage à la géographie, l'Homme ne passe de Niort à la roche Tarpéïenne en passant par la Bérézina, avec l'air de revenir de Pontoise.

Publié dans Société

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martine 13/03/2010 23:15


Houhouuuuuuuuuu, z´avez coulé dans la Bérézina?!!!
J´me fais du mouron, c´est pas bon à mon âge!


© 16/03/2010 00:09


Vous avez parfaitement raison de vous révolter (toniquement), Martine.
Toutes sortes de choses m'ont tenu à l'écart du blog dernièrement, mais attendez-vous à voir un nouvel article d'ici peu.
Mais fichtre, et sans vouloir avoir l'air mauvais, votre mouron me fait plaisir quelque part. Ne vous en faites pas trop quand même ; je ne voudrais pas abuser des bonnes choses.


martine 07/03/2010 14:00


Rien à voir avec le sujet de votre article mais j´ai trouvé l´information délicieusement grotesque :
http://www.nj.com/news/local/index.ssf/2010/03/nude_snow_sculpture_in_rahway.html


kaap 28/02/2010 12:26


Si en soi le sujet n'est pas drôle, merci pour cette conlcusion qui se termine dans un éclat de rire irrépressible.
Certes cet hiver fut un peu frais outre Manche mais comment se fait-il que les quidams ne se posent pas de questions alors que depuis plusieurs années ils s'habillent de la même façon quelle que
soit la saison ? Bottes parfois, imper et parapluie toujours ! Une petite exception peut-être pour quelques jours au mois d'août durant lesquels ils peuvent enlever une couche... Que répondront-ils
alors au même sondage ? Sûr que la réponse dépend directement des impressions au moment où on pose la question.