Chu

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Comme ça, sans que je m'en doute, hier fut une journée historique pour des millions d'Allemands -- en fait, itou pour des millions d'Européens.

Ce matin, je saute dans l'underground, destination turbin. Le walkman dans ma poche délivre dans mes esgourdes béates sa magie magnétique ; clac ! l'auto-reverse fait défiler sur la courroie d'oxyde de fer et de cobalt un nouveau titre de Neil Young : Rockin' in the Free World. Je secoue la tête et bats la cadence en pensée. Je suis très rock en-dedans. Un punk, la touffe verte en éventail, le fute cradoque, se carre sur la banquette -- je lis sur son T-shirt "Thatcher suck my" ; le reste est occulté par un pli du blouson. On me tapote l'omoplate sur un rythme d'on-se-connait : un copain du boulot, une bath cravate rouge arrimée au col, en chemise bleue rayée à revers blancs, me fait signe de priver mes tympans de génie et de guitare -- genre comme quoi qu'il aurait mieux à me dire.
"T'as pas entendu ? Le Mur est tombé !"

Je fronce les sourcils ; mon intérêt pour ses déboires en maçonneries est bas à modéré. Le bougre insiste :
"Le Mur ! Le Mur !" comme s'il n'y en avait qu'un de mur. "Le Mur de Berlin", précise-t-il enfin, "le Mur de Berlin est tombé !"

Une image saugrenue fulgure entre deux neurones pas frais : pour se rééquilibrer les fluides, un ivrogne s'appuie sur le Rideau de Fer qui se casse la gueule. "J'vais me faire engueuleeeer" dit-il en essayant de le remettre debout.
Mais l'autre sape les engouements outrés d'une fantaisie ubéreuse : "il est pas tombé-tombé -- mais un type a dit que les Est-Allemands pouvaient passer à l'Ouest sans être arrêtés."

Ce type, c'est Günter Schabowski, porte-parole du politburo. Entre deux bafouillages, il aurait lâché la bombe : ouverture de la frontière, avec effet immédiat. Ce matin, les Soviets font grise mine : gaffe ou pas gaffe ? Qu'importe, il n'en fallait pas plus pour faire de la foule allemande une vague instoppable : une impulsion suffisait ; une pichenette. Le béton tient encore -- pour combien de temps ? -- mais l'Histoire a fait le mur.

Avec la perestroika de Gorbatchev, le Communisme flanche, fébrile. Ca semble évident : "the Red is Dead". La main invisible d'Adam Smith lui a fait la prise de M. Spock.
Voyez le Capitalisme triomphant ! La solide quiétude d'un General Motors ; l'audace d'un Washington Mutual à l'avenir radieux ; ou Lehman Brothers, repris l'an dernier par American Express, qui va, croyez-moi, se renvoler vers les nuées glorieuses pour l'éternité.

Keep on rockin' in the free world, mein Freund.

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Le Ndix 11/11/2009 17:12


Bin mon vieux, tu t'es surpassé ce coup-ci.
La fin déchire.


© 11/11/2009 23:13


Oh merci. On en a parlé du Mur au Japon ?


martine 11/11/2009 13:03


PS du PS:
C´est pas sorcier de sauter un mur, Dutilleul faisait mieux, il passait à travers. On imagine la scène avec l´ancien mur de Berlin! La face du monde en aurait peut-être été réellement changée.
Allez, tout cela, c´est de la poudre de berlimpinpin!


martine 11/11/2009 11:34


Quelle mauvaise surprise en ce jour de grisaille! On débarque tranquillement sur ce blog rafraîchissant, en se frottant les paluches, en rigolant à l´avance, et puis, patatras, on se crash sur le
mur! C´est qu´il est dur, ce mur, même avec l´air-bag! Même sous la forme de fantôme, le mur lémure.
Alors, au nom de tous ceux qui le pensent mais n´osent pas le dire, RAS-LE-BOL du mur! Ras-le-bol de la gloriole posthume! On s´en balance, du mur.
La tombe est murée. De profundis.

PS Faut bien voir les choses avec un peu d´humur!


© 11/11/2009 21:43


Aïe, ma pauvre Martine, je suis confus : je ne voulais pas que ce soit la brique qui fasse déborder le mur... (hmm, nan, ca ressemble pas à une expression qui existe, ça).
C'est qu'en Allemagne, on a dû vous en rebattre les oreilles, de ce vilain mur...

Enfin réjouissez-vous : sauf si on nous en érige un nouveau, vous n'en entendrez plus parler pendant 10 ans !