En grande pompe dans les fesses

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Bon. La classification dans la catégorie "Littérature" de cet article tient de l'escroquerie ; c'est, mettons, un artefact ingrat et mal branlé d'une volontée avortée d'offrir au Tonique Révoltant un semblant de dimension culturelle.

Or, non : je n'ai pas lu -- ni ne lirai, probablement -- l'ouvrage qui a fait naître la -- oh ! -- controverse dans le terreau de laquelle a germé cet article : Valery Giscard d'Estaing publie La Princesse et le Président aux éditions de Fallois, qui raconte, si je ne me trompe pas, les amours secrètes entre un chef de l'Etat français veuf et une princesse galloise cocufiée par un mari infâme.
Le Figaro analyse l'ouvrage : révélation : ce pourrait bien être le récit gauchement camouflé d'authentiques flirts entre l'ex-Président et Lady Diana.

J'étais surpris, abasourdi, incrédule, interloqué, déboussolé, hagard, pantois, déconcerté, estomaqué, coi, ébahi et ébaubi en me rendant compte à quel point j'en avais peu à carrer.
En fait, savoir si VGE et Lady Di s'étaient tenus à carreau ou avaient joué les vilains garnements entre deux visites officielles, voilà une préoccupation qui n'a jamais approché même le plus laxiste de mes neurones. La question s'est frottée au videur de mon indifférence, et elle portait des baskets.

De manière générale, les histoires de fesses des Napoléons et des Alexandres n'éveillent rien en moi : ni fureur, ni émoi, ni effroi, ni colère -- pas même de l'amusement. Comme dirait le poète : ca m'en touche une sans remuer l'autre.
C'est que les égarements de muqueuses des grosses légumes, s'ils allument souvent les discussions, dépassent rarement l'univers bénin des faux-pas de ménage et des escarmouches que ces derniers déclenchent -- où la vaisselle souffre plus que quiconque.

Bien sûr on me parlera des friponneries de Cléopâtre avec son Jules, avec son Marc-Antoine, et des conséquences que certains battements -- et qui ne sont pas d'ailes de papillon -- firent déferler sur la population. Soit. Mais que l'on ne me fasse pas croire que les Carla Bruni ou les Camilla ont vraiment de quoi changer le monde. Même Monica Lewinsky et son fameux cigare n'y ont provoqué qu'une vaguelette.

Car là où les impératifs commerciaux, les justes révoltes ou les folies dominatrices n'ont jamais déçu, il faut bien dire que, depuis les indiscrétions de l'inconséquente Hélène et du niais Pâris, le cul a perdu de son ascendant géopolitique : ce qui fait gausser dans les troquets et rougir dans les salons, fait gaspiller plus de salive que de sang.

Et pourtant cette histoire d'amourette extrapolée entre l'ancien Président et la feue Princesse de Galles a quelque chose de fascinant : pas dans ce qu'elle raconte, mais dans ce qu'elle fait apparaître : la question qui m'interpelle n'est pas de savoir si la princesse a tâté du singe ; c'est plutôt : "comment en est-on arrivé à se demander si c'était vrai ?"

Evidemment, les média anglais ont balayé l'hypothèse d'un "grotesque !" péremptoire -- ce n'est pas étonnant, c'est une question de point de vue : VGE avec Diana, c'est un peu la classe ; Diana with VGE, c'est un peu la lose.
N'empêche, la spéculation hasardeuse du Figaro a été relayée un peu partout dans la presse britannique.

C'est que Giscard a réussi (peut-être inconsciemment, cela dit) ce fameux tour de passe-passe du comme-si-de-rien-n'était, du casual, de la révélation désinvolte. S'il avait clamé haut et fort avoir joué à la marelle autour du nombril de la belle, on aurait pris ça pour le détour coquin d'une sénilité ravageuse.
Mais en glissant des similitudes entre les personnages et les personnes, en brouillant les limites entre la jaculation spasmodique d'une inspiration toute littéraire et les bien réelles relations entre deux figures, dont l'étendue s'estompe dans l'Histoire, il force chez le client une double-lecture pas nécessairement légitime.
On confond trop facilement le procédé qui consiste à puiser dans ses expériences la véracité que le récit exige, et la tentation autobiographique.

Au fait, je ne vous ai pas parlé de cette histoire que j'ai écrite, qui relate les étreintes passionnelles entre un blogueur et une top model internationale... ?

Publié dans Littérature

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martine 24/09/2009 10:07


PS "je me pourléchAIS"! Baigner au quotidien dans la langue teutonne me fait oublier le gaulois maternel!
Pardon, sorry, Verzeihung!


© 28/09/2009 00:24


Oh que je vous comprends, ma chère Martine : le smog londonnien a parfois sur moi aussi des influences pas nettes.

Cela dit, à la réflexion, et ce malgré le dévouement tonique -- et révoltant ! -- que j'entretiens envers tous ceux qui viennent régulièrement zieuter dans les parages, je vais peut-être garder ma
romance entre geek pianoteur et poupée médiatique pour le torchon qui me rendra riche et célèbre...


martine 23/09/2009 21:33


Bingo! J´attendais, pleine d´espoir, que VGE et sa dulcinée atterrissent sur ce blog! Connaissant maintenant quelque peu le style de la prose, je me pourlèchait les babines! Bravo, le morceau est
de choix!

Quant à cette farce labichienne (ou courtelinesque) elle
démontre une fois de plus, si besoin en était, que le ridicule ne tue pas.

Que ce soit VGE ou son épouse qui porte le bicorne, on s´en bat l´oeil, et le bon! En attendant des détails croustillants sur les "étreintes" entre le blogueur et la top model. La suite, la
suite!!!