Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 21:04
Voici un article qui m'a été envoyé par celui qui signe Thom' ou Le Faiseur dans les commentaires. Il relate des faits qui datent en fait d'il y a quasi deux semaines ; ils ne sont donc pas d'une très-grande fraîcheur, mais en même temps, le vieillard de l'histoire non plus.

Un septuagénaire californien se serait fait tinter le caisson sur son balcon, histoire d'admirer le panorama sous un autre angle. Son projet d'escapade reposait probablement sur l'idée -- manifestement saugrenue -- que l'on s'émouvrait de voir son petit corps rachitique penduler au gré des vents marins entre les barreaux de sa rambarde.

C'était sans compter sur l'insouciante imagination de ses voisins, qui virent dans la relique faisandée une décoration sophistiquée pour Hallowe'en :
"On n'a pas vu le pépé d'à côté depuis le début de la semaine," se dirent-ils apparemment, "mais quelle jeunesse d'âme ! Et quel sens du détail : vois le délicat suintement d'une humeur vitrifiée hyperpotassique sous les paupières ! Admire la reconstitution wagnérienne d'une colonie de diptères qui lui pondent dans les fosses nasales ! Du travail d'orfèvre."

Alors pour que ça ne vous arrive pas, suivez cette astuce Tonique Révoltant :
Si ça ressemble à cadavre, c'est peut-être un cadavre.
Si ça sent comme un cadavre, c'est sûrement un cadavre.
Si ça goûte comme un cadavre... consultez.
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Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 23:47
C'est admis : les cabotinages publics de nos semblables, les plus flagrants, voulus ou mal camouflés, germent dans nos conversations, nos journaux et nos blogs, comme tant de gesticulations désespérées dans le but d'avoir l'air le plus idiot.

Mais ce que je chéris plus encore, ce sont ces petites embardées du quotidien qui surgissent au détour d'une file d'attente ou sur un quai de métro, et que l'on ne goûte que lorsqu'on a fini de s'occuper de ses oignons ; ces saillies étranges dans le comportement d'un individu filent inaperçues le plus souvent pour ne jamais revenir :  ce sont des parenthèses pour ainsi dire, des hapax d'humanités, qui pourtant ouvrent des panoramas uniques sur les simagrées simiesques de nos congénères.

En rentrant chez moi tout à l'heure, je me permis un écart au McDo du coin, parce que c'était le seul endroit encore ouvert où je pouvais acheter de la nourriture, qu'il était déjà assez tard et que j'étais fatigué, et de toute façon je n'ai pas à me justifier auprès de vous -- non, mais.
J'y pris une salade et une bouteille d'eau pétillante, "to take away", comme à chaque fois que je mets les pieds dans un endroit pareil. En attendant que ma salade cuise, je sirotais mon eau pétillante que je soupçonnais d'être coupée à la flotte.
Ma voisine, une jeune trentenaire platine, s'immisça dans le but ostentatoire de commander : elle s'approcha du comptoir, puis d'une inflexion spinale, s'imposa très-nettement dans la zone de confort du vendeur. A quelques centimètres de son visage, les yeux comme clipsés aux siens, elle lui murmura quelque chose que moi-même, pourtant à moins d'une toise de l'action, ne parvins à saisir.
L'employé appogiatura l'échange d'un tic comique du risorius, puis se détourna pour exécuter l'ordre, l'air de rien.

Or c'est le genre de confidentialité que chercherait un lycéen venant acheter un préservatif dans une pharmacie, pas une honnête jeune femme dans un fast-food.

A moins que...
Les pièces du puzzle se mirent en place lorsque je vis le serveur machiner des trucs sur le distributeur de soda : l'homme, avec une suspecte désinvolture, tendit un gobelet à la jeune femme et un deuxième à cet autre client qui attendait que le prodige en cuisine lui assemblât enfin son sandwich ; or était-ce mes yeux, ou avait-il échangé les deux verres ?

Mon esprit sagace de détective des cavernes dressa très-vite le tableau suivant : la femme avait probablement décidé avec une copine de boulot que cette année, elles passeraient leurs vacances de Noël au soleil, probablement en Australie ; il leur fallait donc travailler leur ligne : c'est précisément ce que son amie s'efforçait de faire pour deux, lui reprochant ses faiblesses incessantes en matière de délicatesses.
Et là encore elle avait cedé, s'offrant toute à une lubie subite : elle voulait un Coca pas light. Elle brûlait de sentir ces quinze carrés de sucre dissous glisser sur ses papilles, coller à l'émail de ses dents, puis plonger vers les amygdales en lui tintant la luette, tandis que le gaz carbonique, hilare, lui caviterait entre les gencives.

Se sachant surveillée, elle mit au point ce stratagème, comptant sur la prestidigitation naturelle du personnel, des fois que sa coach minceur ne gardât l'oeil sur son régime.

Un sourire au coin des lèvres, j'emportais son secret avec ma salade.
Par © - Publié dans : Variés
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Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /Oct /2009 22:04
Cet article de Reuters relate la conclusion banale d'un fait divers tragique, qui rappelle à ceux dont la mémoire est trop courte combien les cours d'arts plastiques sont dangereux.

Qui n'a pas un proche qui a souffert d'une grave blessure -- ou pire, rencontré une fin dramatique -- lors d'une de ces séances funestes ? Combien d'ingénus enfants se sont aventurés, inconséquents, dans les pièges acryliques d'une salle de dessin ? Combien de pinceaux dans l'oeil ; combien de coups de massicot ; combien de mosaïques qui tournent mal ? Et ces neurones, noyés dans les vapeurs détersives, qui demandent grâce ?

La pauvre jeune fille de l'article, poussée par un professeur plus créatif que scrupuleux à laisser un moulage de ses mains dans du plâtre de Paris brûlant, laissa 8 doigts dans la manoeuvre : le gypse, vindicatif, décida de prendre autour des petits boudins de la demoiselle, et de les laisser mitonner en son sein. Ni l'enseignant, ni les secouristes ne parvinrent à libérer les malheureuses extrémités avant la fin de la cuisson.

Amputée de la majorité de ses doigts mais pas de sa détermination, la minette poursuivit l'école : le jugement est tombé lundi : elle mettra les mitaines sur un petit pactole de 16,500 livres (plus 2,500 de frais de justice) dont elle se serait probablement bien passée dans d'autres circonstances.

Vous me direz si quelque part je suis mal branlé dans ma tête, mais après m'être ému du triste sort de la gamine (à 16 ans, la mésaventure est un peu raide), je me suis immédiatement demandé : "ça fait combien par doigt ?"
Découvrez donc en toute exclusivité sur Tonique Révoltant le prix d'un doigt anglais -- ou d'une saucisse de rosbif, si la métaphore bouchère vous tente.

Sachant que l'accident s'est déroulé il y a environ deux ans, et que la soulte versée aujourd'hui doit être actualisée, la main et trois-cinquièmes perdue équivaut environ à 14,700 pounds hors intérêts. Cette somme vient en remboursement des 8 doigts sacrifiés, ce qui induit un montant moyen d'un peu moins de 1840 livres pièce.

Maintenant, on peut supposer que tous les doigts n'ont pas la même valeur : un auriculaire, quoiqu'extrêmement précieux dans le sensible domaine du grattage de fond d'oreille, n'est pas un favori de l'évolution -- faisant de cet appendice un piètre investissement à très-long terme ; quant au pouce, si son opposabilité chez l'homme le fait briller par son originalité, il ne s'étire que sur deux paresseuses phalanges.

Par ailleurs, l'article reste assez mystérieux sur la nature des deux rescapés : l'avocat de la fille précise, cite le journaliste, que "she is now only left with one forefinger and an index finger".
Le "forefinger" indiquant en anglais tout autant l'index que le terme "index finger", et on peut supposer qu'il se trompe, à moins que la nénette n'en ait eu deux à la main gauche depuis le départ.
Ce laxisme de sa part nous prive ici d'un degré de finesse supplémentaire dans notre analyse.

Tonique Révoltant souhaite néanmoins une bonne continuation à la jeune fille, et la félicite pour sa victoire.
Thumbs up !
Par © - Publié dans : Économie
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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /Oct /2009 22:51
C'est dans l'adversité que la créativité s'épanouit. Ce constat d'une navrante trivialité -- et néanmoins d'une indéniable véracité--, je ne le tire pas aujourd'hui d'une vision forcenée des DVD de la série MacGyver -- quoique le spectacle d'un fringant héros, le mulet au vent, fabriquant un mortier à partir de produits ménagers et d'un tube de papier kraft pour contrecarrer les plans de trois énergumènes armés, soit loin d'être hors-sujet ici -- mais de la lecture du présent article publié jeudi dans Reuters.

Les gérants d'un zoo de Gaza ont en effet teint des rayures noires sur le pelage ras de deux ânesses dans l'espoir de les faire passer auprès des enfants du coin pour des zèbres. C'est que trafiquer en catimini de l'exotisme de contrebande de l'étranger, ça a un coût bien supérieur à ce que l'embargo ne permet d'assumer à cet établissement palestinien ; tandis que deux bourriques, trois bouteilles de teinture pour cheveux et quatre rouleaux de scotch, c'est tout de suite plus abordable.

Bien sûr, le procédé est sommaire -- on n'est pas loin de la chatte de Pépé le Putois, dans les cartoons de la Warner. Du coup, un examen un poil attentif suffit à percer la mystification : les rayures, torchées vite-aif, donnent plus aux baudets un côté Daltons en cabane qu'équidés sauvages de la savane.

Si d'autres se sont essayés au camouflage inter-espèce, à l'hybridation cosmétique, c'était en général plus par espièglerie sadique -- on jugera si ces chimères de foire trouvent la blague si désopilante -- que par une honnête volonté de truquer.
Je reconnais de bonne grâce la candeur des gérants dans l'intention qui alimente la supercherie : donner aux gamins un peu de fantaisie et de pittoresque ; cela dit, j'ai du mal à me réconcilier avec l'idée de promouvoir la diversité de la biosphère par une escroquerie, fût-elle rondement menée.

Ou bien, soit, mais dans ce cas, allons-y à fond : sanglons une vieille descente de lit à un molosse pour en faire un tigre ; plantons un éventail dans le cul d'une poule, nous avons un paon ; jetons des troncs dans une mare pour figurer des crocodiles ; badigeonnons un gros rat de colle et roulons-le dans un jeu de mikado : porc-épic express. L'enceinte des gorilles, elle, se tirera à la courte paille.

Le Zoo du Pauvre -- l'autre porte ouverte sur le monde.
Par © - Publié dans : Nature
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Dimanche 4 octobre 2009 7 04 /10 /Oct /2009 15:39
Pour ceux qui auraient raté l'événement, jeudi dernier s'est déroulée à Harvard la 19e cérémonie de remise des prix Ig Nobel, qui récompensent, comme chacun sait, les élans scientifiques, culturels et humanistes les plus improbables, les plus inutiles, les plus insensés, bref les plus savoureux.

Le slogan de la manifestation est "pour les prouesses qui font d'abord rire les gens avant de les faire réfléchir." C'est indéniable, tant les exploits des gagnants de cette année soulèvent de questions.

Voyez par exemple le prix de Santé Publique, décerné à Elena Bodnar et son équipe pour avoir mis au point un soutien-gorge qui, en cas d'urgence, peut être reconverti en masque à gaz. Les interrogations suivantes ne s'imposent-elle pas : une femme doit-elle choisir son bustier en fonction de son bonnet ou de la surface de sa zone nasolabiale ? Un homme doit-il choisir comme voisine dans le métro une demoiselle dont les rotondités promettent une protection efficace en cas d'attentat au gaz sarin (ou du moins peut-il se servir de la menace terroriste comme excuse) ?

Voir aussi l'étude exhaustive qui a valu à une équipe suisse le prix Ig Nobel de la paix, et qui tranche par la pratique le dilemme suivant : "quitte à se ramasser un coup de bouteille de bière sur le ciboulot, vaut-il mieux qu'elle soit pleine, ou vide ?" Un bonne question s'il en est, mais qui en amorce immédiatement une autre : clairement, il faut déjà avoir pris un bon choc sur le crâne pour penser à un truc pareil -- alors qu'est-ce qui est venu en premier : l'étude ou le coup de bouteille ? Ou l'oeuf et la poule version bistrot.

Si les exploits de l'improductif et les trophées du superflu (auxquels Tonique Révoltant n'est pas étranger !) vous émeuvent, vous prendrez un plaisir foufou à parcourir les élucubrations de scientifiques désoeuvrés : mais pour clore ce post, je vous livre mon petit favori, en ce qu'il sous-entend de plus délectable :

PRIX IG NOBEL de Littérature, décerné à la police irlandaise, pour avoir émis plus de cinquante contraventions au délinquant multirécidiviste et fou du volant polonais Prawo Jazdy, un dangereux criminel caméléon qui a sévi aux quatre coins du pays, et dont la vilainie n'a d'égale que la banalité de son nom : Prawo Jazdy, en polonais, ça veut dire "Permis de conduire"...
Par © - Publié dans : Science
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